Illustration du domaine Environnement et climat

Lire le climat du passé

Avant les thermomètres, apparus de façon systématique au milieu du XIXe siècle, aucune mesure directe n'existe. Pour reconstituer les climats anciens, les scientifiques exploitent des archives climatiques : des matériaux naturels qui ont enregistré des conditions passées, comme la glace des calottes polaires, les sédiments océaniques, les cernes des arbres ou les pollens fossiles.

Archives et indicateurs

Un indicateur (ou proxy) est une grandeur mesurable dans une archive et liée au climat par un mécanisme connu. Il ne donne pas directement une température : il faut une relation d'étalonnage, établie sur des situations actuelles.

  • Glace polaire : le rapport isotopique δ18O de la glace dépend de la température au moment des chutes de neige. Plus il fait froid, plus la glace est appauvrie en oxygène 18. Les bulles d'air piégées donnent, elles, une mesure directe des concentrations passées en dioxyde de carbone et en méthane.
  • Foraminifères fossiles des sédiments marins : le δ18O de leur coquille de calcaire dépend de la température de l'eau et de la composition isotopique de l'eau de mer, elle-même liée au volume des glaces continentales.
  • Pollens : la végétation dominante renseigne sur la température et les précipitations d'une région.
  • Cernes des arbres : leur largeur varie d'une année à l'autre selon la chaleur et l'humidité.

Dater et estimer l'incertitude

Une archive n'est utile que si elle est datée : comptage de couches annuelles, radiochronologie (le carbone 14 couvre quelques dizaines de milliers d'années), repères communs entre carottes. Chaque valeur reconstituée est associée à une incertitude, c'est-à-dire un intervalle dans lequel se trouve la valeur réelle avec une probabilité donnée. Elle provient de la précision de la mesure, de la datation et de la relation d'étalonnage. Une incertitude n'est pas une faute : c'est une information sur la fiabilité du résultat. Elle augmente généralement quand on remonte loin dans le temps. De plus, dans la glace profonde, les couches s'amincissent : une mesure représente alors une moyenne sur plusieurs décennies, voire davantage.

Exemple concret

Les carottes de glace d'Antarctique couvrent environ 800 000 ans. Les bulles d'air montrent que la concentration en CO2 oscillait entre environ 180 ppm pendant les périodes glaciaires et environ 280 ppm pendant les périodes interglaciaires, en suivant les variations de température déduites du δ18O. Aujourd'hui, elle dépasse 400 ppm, un niveau absent de cette archive.

Piège conceptuel

Deux erreurs sont fréquentes. La première consiste à croire que deux courbes qui varient ensemble prouvent que l'une est la cause de l'autre : une corrélation ne démontre pas un lien de causalité, il faut un mécanisme et une chronologie. La seconde consiste à lire le δ18O comme un simple thermomètre. Dans la glace, il renseigne surtout sur la température. Dans les coquilles de foraminifères, il mélange deux effets : la température de l'eau et le volume des glaces continentales, qui retirent de l'océan l'oxygène 16, plus léger.

Méthode d'interprétation

  1. Identifier l'archive et la grandeur réellement mesurée.
  2. Relier cette grandeur au climat par un mécanisme.
  3. Examiner la datation et l'incertitude.
  4. Conclure avec nuance, en indiquant ce que les données permettent ou non d'affirmer.

Exercice 1 : Une carotte de glace fictive

Données pédagogiques simplifiées. Une carotte de glace polaire fictive est analysée à trois niveaux. Le δ18O est mesuré dans la glace, le CO2 dans les bulles d'air piégées.

Âge (milliers d'années)δ18O de la glace (‰)CO2 de l'air piégé (ppm)
20-60190
12-57235
2-54275
  1. Indiquez quel indicateur renseigne sur la température et lequel renseigne sur la composition de l'atmosphère.
  2. Décrivez l'évolution du δ18O entre 20 000 et 2 000 ans, puis déduisez l'évolution probable de la température.
  3. Calculez la variation de CO2 entre 20 et 2 milliers d'années, en ppm puis en pourcentage de la valeur initiale.
  4. Un élève affirme : « Le CO2 a causé le réchauffement. » Expliquez pourquoi ces données seules ne permettent pas de l'affirmer.

Exercice 2 : Foraminifères et volume des glaces

Données pédagogiques simplifiées. Dans une carotte sédimentaire marine fictive, on mesure le δ18O de coquilles de foraminifères ayant vécu en surface.

Âge (milliers d'années)δ18O des coquilles (‰)
214,9
154,2
73,5
23,3
  1. Calculez la variation du δ18O entre 21 et 2 milliers d'années.
  2. Nommez les deux facteurs qui influencent le δ18O d'une coquille.
  3. Expliquez pourquoi un δ18O élevé peut traduire un grand volume de glaces continentales.
  4. Expliquez pourquoi on ne peut pas attribuer toute la variation à la seule température de l'eau.

Exercice 3 : Incertitudes et cernes

Données pédagogiques simplifiées. Des températures moyennes d'été sont reconstituées à partir de cernes pour trois périodes d'une région fictive.

PériodeTempérature reconstituée (°C)Incertitude (± °C)
A14,20,9
B15,00,6
C16,40,5
  1. Donnez l'intervalle de valeurs possibles pour chaque période.
  2. Peut-on affirmer que B est plus chaude que A ? Justifiez.
  3. Peut-on affirmer que C est plus chaude que A ? Justifiez.
  4. Citez deux sources d'incertitude d'une reconstruction à partir de cernes.

Correction complète

Exercice 1 : correction

  1. Le δ18O de la glace renseigne sur la température au moment des chutes de neige. Le CO2 des bulles d'air renseigne sur la composition de l'atmosphère passée.
  2. Le δ18O passe de -60 à -54 ‰, soit une hausse de 6 ‰. La glace est donc moins appauvrie en oxygène 18, ce qui indique une neige tombée dans un air plus chaud. La température a probablement augmenté entre 20 000 et 2 000 ans.
  3. Variation : 275 - 190 = 85 ppm. En pourcentage : 85 / 190 × 100 ≈ 44,7 %, soit environ 45 % d'augmentation.
  4. Trois points montrent une corrélation, pas une causalité. Il faudrait connaître le mécanisme, la chronologie précise (qui varie en premier) et recouper avec d'autres archives. Le CO2 peut aussi être modifié par le réchauffement lui-même, ce qui complique l'interprétation.

Exercice 2 : correction

  1. Variation : 3,3 - 4,9 = -1,6 ‰. Le δ18O a diminué de 1,6 ‰.
  2. Les deux facteurs sont la température de l'eau au moment de la formation de la coquille et la composition isotopique de l'eau de mer, liée au volume des glaces continentales.
  3. Les glaces continentales se forment à partir de vapeur d'eau appauvrie en oxygène 18. Quand elles sont volumineuses, l'océan perd surtout de l'oxygène 16 et s'enrichit en oxygène 18. Les coquilles, construites avec cette eau, ont alors un δ18O élevé.
  4. La baisse de 1,6 ‰ combine probablement deux effets : un réchauffement de l'eau et une fonte des glaces. Un seul indicateur ne permet pas de les séparer. Il faut un second indicateur indépendant pour estimer la part de chacun.

Exercice 3 : correction

  1. Période A : 14,2 ± 0,9 donne de 13,3 à 15,1 °C. Période B : 15,0 ± 0,6 donne de 14,4 à 15,6 °C. Période C : 16,4 ± 0,5 donne de 15,9 à 16,9 °C.
  2. Non. Les intervalles de A et B se chevauchent entre 14,4 et 15,1 °C. L'écart de 0,8 °C entre les valeurs centrales est du même ordre que les incertitudes : la différence n'est pas établie avec certitude.
  3. Oui. L'intervalle de C (15,9 à 16,9 °C) est entièrement au-dessus de celui de A (jusqu'à 15,1 °C). Sous cette lecture simplifiée, C est plus chaude que A.
  4. Parmi les sources d'incertitude : l'étalonnage entre largeur de cerne et température, l'influence d'autres facteurs comme les précipitations ou le sol, la datation des cernes, le nombre limité d'arbres échantillonnés.

Sources et programme